Astrolabe est une publication en ligne du Centre de Recherches sur les Littératures de Voyage (CRLV, domicilié à l'Université de Clermont Auvergne). Créée en 2005, cette revue accueille des comptes rendus de lecture et des articles de chercheurs jeunes ou confirmés. Elle collecte des textes inédits qui ont vocation à rendre compte de l'actualité de l'édition et des travaux consacrés au genre viatique. Elle constitue l'un des éléments de la politique de publication du CRLV, complémentaire de l'édition papier et de la revue électronique Viatica qui, de son côté, a pour objet l'exploration de nouveaux champs de la recherche dans le même domaine. En 2016, Astrolabe en est à sa quarante-huitième livraison. Les propositions d'articles sont adressées aux rédacteurs par le biais du site CRLV et via l'onglet « Contact ».

Astrolabe N° 27

« Nous voyagions pour notre curiosité ». Ainsi Jean-François Regnard commence le récit de ses voyages dans le Nord de l'Europe en 1681. La singularité des « choses vues » et racontées de ces pays si lointains avait fait accuser le futur dramaturge de n'avoir point visité la Scandinavie et, en particulier, la Laponie, en basant cette dénonciation sur la vague du binôme « lointain = faux ». Sa captivité en terre algérienne, racontée dans La Provençale, s'insère dans un courant littéraire de relations sur la piraterie, typique du XVIIe siècle et riche en clichés, qui n'a pas amélioré la crédibilité qu'avait Regnard à son époque ni celle de ses ouvrages.

Alessandra Grillo
Astrolabe N° 26

Nous sommes tous, un jour ou l'autre, à notre insu ou ouvertement, l'appareil photo en bandoulière et le parapluie comme repère, des touristes. Le mot est connu et son histoire documentée, sa figure, cependant, est plus anonyme. Il est vrai qu'à l'image des jeunes aristocrates, parcourant l'Europe comme un livre à ciel ouvert, a succédé la famille Fenouillard ou, pour citer d'autres clichés plus proches de nous, les portraits tirés par Martin Parr. Sa réputation « d'idiot du voyage » invite à la discrétion.
Mais ces considérations ne peuvent faire oublier que le tourisme est, aujourd'hui une activité économique qui selon les cas est importante, incontournable voire essentielle. Du « commerce du voyage » héritée de l'âge classique, nous sommes depuis le XIXe siècle passé à son « industrie ». Se regroupant auprès des mêmes sites, reproduisant les mêmes itinéraires, adoptant un style de vie uniformisé, il reflète l'économie mondialisée née de l'ère industrielle.

Jean-François Guennoc

Astrolabe N° 25

« Les pirates de la mer continuent à frapper, 18 bateaux attaqués, 292 membres des équipages prix en otage et 63 enlevés avec demande de rançon ». Bateaux, pirates, captifs, rançon, armes a feux... Ce n'est pas une chronique d'il y a quelques siècles mais le contenu d'un quotidien européen du XXIe siècle qui, comme tant d'autres pendant ces dernières années relate d'une situation des mers que l'on croyait confinée aux siècles passés.

Tania Manca

Astrolabe N° 24

« Trois fois j'ai fait naufrage. Il m'est arrivé de passer un jour et une nuit dans l'abîme ! Voyages fréquents, dangers des rivières, dangers de brigands, dangers de ceux de ma race, dangers des nations, dangers à la ville, dangers au désert, dangers en mer, dangers parmi les faux frères ! Labeur et fatigue, veilles fréquentes, faim et soif, jeûnes répétés, froid et nudité ! » (Cor. 11, 25-26). Au cours des années de sa prédication, Saint Paul a été un grand voyageur, tout en parcourant de longues distances à pieds et en bateau, pendant ses trois voyages missionnaires, sans compter son dernier voyage, celui de la Captivité, vers Rome. D'Antioche à la Pamphile, de la Galatie à la Mysie et à la Grèce, Paul contribue à fixer l'image de l'homo viator, si important dans la culture chrétienne, l'homme en tant qu'étranger, voyageur sur la terre, soit en chemin vers la Jérusalem céleste, soit condamné à l'errance comme Caïn. Les voyages de Paul sont un des thèmes principaux de cette année paulinienne, auxquels plusieurs ouvrages et plusieurs sites sont dédiés, non seulement comme étude théologique, mais aussi comme esquisse historique et littéraire.

Alessandra Grillo

Astrolabe N° 23

Le voyage a bonne presse, le mot-clef est devenu un sésame dans « le langage des communicants ». Christophe Colomb n'aurait plus besoin de faire miroiter son Eldorado pour obtenir des subsides, le seul mot de traversée suffirait. Mais cette bonne fortune ne se fait-elle pas au risque d'une certaine dévaluation linguistique ? Ne sommes-nous pas en train d'assister à la catachrèse du mot voyage ? Car ce qui est célébré est la capacité de déplacement, la vitesse, la prouesse technique, en dehors de la difficulté, de la lenteur, du malentendu, de l'échec qui étaient autant d'étapes, de stations pour atteindre finalement à la connaissance. Doit-on dès lors en appeler à une réaction sédentaire ? Revenir plutôt au propos critique de Gilles Deleuze pour qui le voyage est « de la rupture à bon marché » et qui ayant imaginé le concept du nomadisme précise aussitôt : « les nomades ne voyagent pas, ils sont immobiles, ils s'accrochent à leur terre, c'est à force de vouloir rester sur leur terre qu'ils nomadisent ». A méditer.

Jean-François Guennoc

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