Astrolabe est une publication en ligne du Centre de Recherches sur les Littératures de Voyage (CRLV, domicilié à l'Université de Clermont Auvergne). Créée en 2005, cette revue accueille des comptes rendus de lecture et des articles de chercheurs jeunes ou confirmés. Elle collecte des textes inédits qui ont vocation à rendre compte de l'actualité de l'édition et des travaux consacrés au genre viatique. Elle constitue l'un des éléments de la politique de publication du CRLV, complémentaire de l'édition papier et de la revue électronique Viatica qui, de son côté, a pour objet l'exploration de nouveaux champs de la recherche dans le même domaine. En 2016, Astrolabe en est à sa quarante-huitième livraison. Les propositions d'articles sont adressées aux rédacteurs par le biais du site CRLV et via l'onglet « Contact ».

Astrolabe N° 12

Dans le concert électoral des proclamations, des revendications et des pétitions, la littérature est souvent réduite au seul droit de citation. Simple ornement du discours, caution culturelle du tribun, elle peine à faire entendre sa voix, à se faire élire (nostalgie de la lecture isoloir d'une retraite silencieuse).

Astrolabe N° 11

Etablir clairement la part de subjectivité et d'objectivité dans les récits de voyage constitue l'un des éléments incontournables de l'activité du chercheur qui travaillent dans ce domaine. Ce sujet ancien a souvent impliqué aussi l'analyse des images contenues dans les récits de voyage, soient-elles des gravures, des photographies ou bien des cartes. Lors du séminaire du CRLV de l'année dernière, consacré au thème 'Journalisme et relation de voyage au tournant des XIXe et XXe siècles', ce thème a été longuement analysé. Si les gravures représentent un élément à l'apparence plus simple à étudier du point de vue de la fiction/réalité, les photographies semblaient poser problème. Cet art, à ses débuts, se voulait en effet objectif car il restituait les images de la réalité telle quelle. Toutefois l'élément du subjectif qui tient à l'auteur, au photographe et aux choix personnels enlève toute objectivité à ce 'témoignage de la réalité'. En effet, déjà depuis ses débuts, se pratiquent les réélaborations des photographies (retouches, découpes, etc.) ainsi que les reconstructions artificielles des décors dans les cabinets des photographes. Qu'en est-il des cartes géographiques ? Ce type de représentation de l'espace mérite aussi d'être analysé par rapport aux paramètres de l'objectif et du subjectif. Quel est le choix de représentation du cartographe ? Quels éléments décide-t-il de cacher, de modifier ou de représenter ? Par rapport à quelles exigences choisit-il un type de représentation donné ? Quel est le sens de ces 'vides' ou de ces dessins qui remplissent les vides mêmes ? Notre avis est que les sujets représentés dans les gravures, dans les cartes ou bien dans les photographies, soient-ils des éléments véridiques ou de fictions ont leur utilité dans la reconstruction d'un parcours historique. Le 17 et 18 mars prochains, les chercheurs faisant partie du projet européen 'Europe's Visual Memory' se proposent en effet de comprendre quels sont les pièges à éviter dans l'interprétation historique des images contenues dans les récits de voyage.

Tania Manca

Astrolabe N° 10

Coïncidences heureuses, effet d'entraînement ou réflexe pavlovien de lecteur ? Toujours est-il qu'en ce début de nouvelle année, les « invitations au voyage » se multiplient dans la presse. Ainsi dans le numéro 53 de la revue cité musique, qui consacre un dossier complet au voyage, où après un article sur le rôle de la musique dans les pèlerinages médiévaux, un texte sur les rythmes stambouliotes et un itinéraire musical sur les routes de l'esclavage entre Afrique et Orient, l'entretien accordé par l'écrivain turc Nedim Gürsel y fait explicitement allusion : « J'aime voyager, vagabonder. [...] C'est la poésie de Baudelaire qui m'y a conduit ». La musique apaise les mœurs, c'est bien connu, la sagesse des nations ajoutera désormais dans la conjonction des arts que la littérature pousse au voyage. Mais le départ proposé a autant à voir avec l'imaginaire qu'avec l'espace, comme le suggère plus loin l'argument de son prochain livre : « un écrivain-voyageur fait part de ses impressions en rapport avec l'œuvre de l'écrivain qui a été marqué par les mêmes lieux - ainsi Baudelaire à Bruxelles qui habitait dans un hôtel... ». La littérature pousse au voyage mais pas comme une fuite, pour mieux se retrouver finalement dans la solitude d'une chambre...

Astrolabe N° 9

Le voyage est le lieu du franchissement des frontières, ouvre à de nouveaux horizons et participe au dépassement de soi. C'est dans ce dépassement que le voyageur se perd, se trouve, se renouvelle. Les paradigmes de la curiosité, de la connaissance et du dépassement du monde connu semblent être le propre du voyageur, de l'homme même, si l'on en réfère au plus grand voyageur de tous les temps Ulysse auquel Dante fait dire dans la Divina Commedia : « Fatti non fummo a viver come bruti,/ ma per seguir virtute e canoscenza » (« vous ne fûtes pas faits pour vivre comme des bêtes / mais pour suivre vertu et connaissance »), If XXVI 119-120. La rédaction d'Astrolabe, revue du Centre de Recherche sur la Littérature des Voyages souhaite à tous, lectrices et lecteurs, une bonne année 2007.

Tania Manca

Astrolabe N° 8

Dans son dernier livre, Mes voyages avec Hérodote, Ryszard Kapuscinski fait de l'historien d'Halicarnasse le premier des reporters et de ses histoires « un modèle de style, une école ». Au terme d'«histoires» il préfère d'ailleurs ceux d'«enquêtes» ou de «recherches» car, fondées principalement sur des témoignages, elles sont frappées du sceau de la subjectivité et de la relativité. Mais au-delà de la méthode, ce qui le séduit davantage, c'est la curiosité de cet «homme de grand chemin», «être compréhensif et bienveillant, serein et chaleureux, bon et sans manières», la recherche éthique, la passion de comprendre l'autre y compris dans la guerre, de chercher l'humain envers et contre tout système.
L'étoile du soldat, dernier film de Christophe de Ponfilly a le même sujet. Le réalisateur de nombreux documentaires sur l'Afghanistan, dont le plus connu est son portrait de Massoud, livre là une fiction cinématographique retraçant l'histoire de Nikolai Petrov, un jeune appelé russe envoyé combattre contre son gré dans ce lointain pays de pierres et de montagnes. Au-delà de l'horreur des combats ou de la beauté des paysages, ce qui frappe dans ce film c'est le commun appel entendu de part et d'autre à la musique, au chant, à la poésie.

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