Astrolabe est une publication en ligne du Centre de Recherches sur les Littératures de Voyage (CRLV, domicilié à l'Université de Clermont Auvergne). Créée en 2005, cette revue accueille des comptes rendus de lecture et des articles de chercheurs jeunes ou confirmés. Elle collecte des textes inédits qui ont vocation à rendre compte de l'actualité de l'édition et des travaux consacrés au genre viatique. Elle constitue l'un des éléments de la politique de publication du CRLV, complémentaire de l'édition papier et de la revue électronique Viatica qui, de son côté, a pour objet l'exploration de nouveaux champs de la recherche dans le même domaine. En 2016, Astrolabe en est à sa quarante-huitième livraison. Les propositions d'articles sont adressées aux rédacteurs par le biais du site CRLV et via l'onglet « Contact ».

Astrolabe N° 7

La figure du voyageur et la façon dont il rend compte de son voyage semblent être en évolution perpétuelle dans un mouvement étroitement lié aux moyens de transport à sa disposition. La 'crise' que le voyage et son écriture semblent avoir connu dans la première moitié du XXe siècle, n'est qu'une manifestation de cette évolution. Déjà dans la deuxième moitié du XIXe siècle des voyageurs comme Alberto Ferrero della Marmora, semblent douter de la légitimité du mot 'voyage' pour désigner des voyages dans des parties de l'Europe qui, grâce à l'évolution de la science sont désormais plus facilement joignables. Si les possibilités offertes par de nouveaux moyens de transports et notamment l'élément de la vitesse, alimentent le questionnement du voyageur à propos de ses propres expériences, il est aussi vrai que ces mêmes éléments deviennent les inspirateurs et les sujets de nouveaux récits de voyages, tels les récits de voyage en automobile. Les nouveaux moyens de transport ne modifient donc pas les enjeux principaux du vrai voyageur selon Hérodote, la rencontre, le questionnement, la volonté de comprendre.

Tania Manca

Astrolabe N° 6

« Nomade, traverses, seuils, mouvement, horizons, altérités, espaces, migrations, pérégrin, vagabondage, dérives, errance... » Le voyage, aujourd'hui, n'en finit plus de se dériver. Il a bonne presse ce mot-clef devenu un sésame dans « le langage des communicants ». Tout est voyage, sans que cela implique nécessairement un déplacement physique. L'emploi du terme s'étend jusqu'au registre commercial de la téléphonie. De l'échelle des continents, il est passé aux ondes corpusculaires et l'escale prestigieuse est désormais remplacée par la borne Wifi. Xavier de Maistre serait surpris du succès de sa formule.
Mais cette bonne fortune ne se fait-elle pas au risque d'une certaine dévaluation linguistique ? Ne sommes-nous pas en train d'assister à la catachrèse du mot voyage ? Car ce qui est célébré est la capacité de déplacement, la vitesse, la prouesse technique, en dehors de la difficulté, de la lenteur, du malentendu, de l'échec qui étaient autant d'étapes, de stations pour atteindre finalement à la connaissance.
Doit-on dès lors en appeler à une réaction sédentaire ? Revenons plutôt au propos critique de Gilles Deleuze pour qui le voyage est « de la rupture à bon marché » et qui ayant imaginé le concept du nomadisme précise aussitôt : « les nomades ne voyagent pas, ils sont immobiles, ils s'accrochent à leur terre, c'est à force de vouloir rester sur leur terre qu'ils nomadisent ». A méditer.

Astrolabe N° 5

Si le voyage représente la quête d'un lieu, la découverte de soi et de l'autre, l'acquisition et la perte des repères, il reste toujours et sans doute un apprentissage dans l'essence du mot. L'apprentissage du voyage n'est pas seulement celui du voyageur mais aussi celui de son lecteur et, peut être encore plus, celui du chercheur qui à partir de l'étude d'un récit de voyage découvre une myriade de mondes nouveaux. Cet apprentissage va de pair avec l'échange d'informations et le partage des connaissances et des nouvelles découvertes qui élisent comme l'un des lieux de prédilection les colloques internationaux. Des colloques ayant pour thème le voyage auront en effet lieu le 7, 8 et 9 septembre, le VIe Borders & Crossings à l'Université de Palerme et Theatre & Travel 2 / Théâtre & Voyage II, à la University of Ulster.

Tania Manca

Astrolabe N° 4

De tous les types de voyage, celui de découverte est sans aucun doute le plus noble. Il rassemble toutes les dimensions de l'aventure humaine : l'épreuve de l'inconnu, la rencontre de l'altérité radicale, la soif de connaissance, la quête spirituelle, l'élargissement de la conscience du monde, bref il a quelque chose d'une Renaissance, et il n'est d'ailleurs pas anodin que cette époque fut son âge d'or. Mais Tzvetan Todorov l'a remarqué : la découverte du « nouveau » monde signait en même temps sa conquête et sa fin.
Le domaine de la représentation cartographique semble aujourd'hui illustrer cette sentence. Le globe terrestre est désormais circonscrit, scruté en permanence par une escadrille de satellites, son image d'une précision de quelques mètres est disponible sans autre déplacement qu'un simple mouvement de doigt. Le blanc des cartes qui inspira la rêverie sur l'ailleurs et le lointain par son paradoxal pouvoir d'obscurité, et qui fit le destin de beaucoup d'explorateurs n'est simplement plus.
Tout est placé sous la lumière de midi, sans ombre portée. Nous revient alors à l'esprit l'histoire de Peter Schlemihl, qui vendit son ombre au diable contre la bourse de Fortunatus et qui ne trouva le repos qu'en parcourant le monde à l'aide des bottes de sept lieues. Nous revient aussi l'apologue final, le seul conseil dont l'homme ait besoin dans sa vie aux dires de Chamisso : « apprends d'abord à révérer l'ombre ».

Astrolabe N° 3

L'accès au savoir et, dans le domaine qui nous intéresse, à la littérature viatique se fait en grande partie grâce aux bibliothèques spécialisées. Un des objectifs du CRLV a toujours été de diffuser et de partager ce savoir sur la littérature de voyage. Outre le site du CRLV, les chercheurs ont aujourd'hui à leur disposition un nouveau fond 'Littérature des voyages' à la Bibliothèque de la Maison de la Recherche de l'université Paris-Sorbonne, (28, rue Serpente. 75006 Paris, 1er étage) Catalogué sous la cote 808.803, ce fond de plus de 600 ouvrages modernes, don de François Moureau à la communauté scientifique, sera dorénavant enrichi par le CRLV. Il comprend des éditions de textes, des monographies et des collectifs, dont des exemplaires publiés à l'étranger peu ou pas représentés dans les bibliothèques françaises. A partir du mois de septembre, tous les chercheurs pourront y accéder sur justificatif. Ce nouvel outil situé dans le bâtiment où le CRLV s'est installé depuis un an et où se déroulent maintenant l'essentiel de ses séminaires et de ses journées d'études contribue à renforcer l'attractivité de ce lieu d'accueil en plein Quartier latin.

Tania Manca

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