"NAPOLÉON EN PERSE": LA MISSION ROMIEU

Astrolabe N° 26
Docteur en Histoire et Civilisations de l’Université Paul Valéry-Montpellier III
"Napoléon en Perse": La mission Romieu
Un « lieu de mémoire » viatique au début du XIXe siècle

« Napoléon en Perse » : la mission diplomatique Romieu
Un « lieu de mémoire » viatique au début du XIXe siècle

Pierre Amédée Jaubert[1] dans son récit de voyage, en Perse évoque avec émotion le destin tragique de son prédécesseur, l'adjudant - commandant Alexandre Romieu (1764-1805), officier et émissaire napoléonien auprès du Shah Feth Ali en 1805 :

« M. Romieu... était parvenu à Téhéran après avoir échappé dans les désert d'Orfa aux poursuites des Arabes ; Feth-Aly-Shah lui avait fait un accueil aussi honorable que celui que je reçu ensuite de ce prince ; mais peu de temps après son arrivée à la cour de Perse, M. Romieu était mort presque subitement... La valeur s'attire en tout lieu l'estime et l'admiration. Les persans furent donc extrêmement touchés à la vue du corps d'un guerrier français tout couvert d'honorables blessures. Quoiqu'il fût d'une religion différente ; ils lui élevèrent un monument surmonté d'une coupole. Les Français qui visiteront Téhéran ne manqueront pas sans doute d'aller répandre quelques fleurs sur la tombe d'un compatriote »[2].

En dépit du manque d'écrits de Romieu sur son voyage en Perse, si ce n'est quelques rapports au ministère des relations extérieures, l'appel de Jaubert fut bien entendu. Plusieurs voyageurs français, tels Flandin et Coste, vinrent se recueillir sur la sépulture du diplomate ou la cherchèrent en vain à l'exemple du comte de Sercey ; certains écrits de la première moitié du XIX° témoignent également de la mémoire de cet étonnant voyage et en entretiennent le souvenir non sans transformations et reformulations.

Ce dialogue dans le temps érige ainsi le périple de Romieu en véritable « lieu de mémoire » pour les voyageurs en Perse du début XIX°. Un « lieu de mémoire » n'est pas « ce dont on se souvient, mais là où la mémoire travaille ; non la tradition elle-même mais son laboratoire »[3]. Ce postulat posé par l'historien Pierre Nora invite donc à interroger le récit de cette mission diplomatique, en la mettant en perspective avec la mémoire du périple et avec son issue fatale. Il s'agit donc, après une analyse critique de quelques rapports Romieu adressés au ministère impérial des Relations extérieures, d'étudier la mise en scène et la transmission de cette mémoire dans les récits de voyage et les écrits ultérieurs.

Le roman d'une mission diplomatique secrète en Perse

La vie d'Antoine - Alexandre Romieu et le roman de sa mission en Perse ont fait l'objet de deux analyses assez récentes et très bien documentées : celle, exhaustive, de Nicole Gotteri[4] conservateur aux Archives nationales, et le travail du diplomate iranien Iradj Amini[5] qui situe la mission dans son contexte international et la met en perspective avec la diplomatie napoléonienne en Perse. Ces études, en particulier celle de Nicole Gotteri, nous présentent le parcours de Romieu depuis sa Drôme natale (il est né à Nyons) jusqu'à son mausolée aux environs de Téhéran.

Administrateur en vue dans le département de la Drôme au moment de la Révolution (il fait partie du Directoire exécutif du département puis est nommé vice procureur général syndic), des rivalités et des animosités locales l'incitent rapidement à abandonner la carrière politique pour celle des armées. De brillants états de service le placent auprès de son compatriote drômois le général Championnet dont il devient aide de camp (février 1796). Son destin se lie dés lors à celui de Championnet jusqu'à la prise de Naples. Mais la disgrâce et le décès de son mentor (1800)[6] une réforme militaire (celle des adjudants - commandants en 1801) l'éloignent définitivement du métier des armes. Ses relations et des soutiens au plus haut niveau (Soult, Murat, Mortier...) lui permettent promptement d'embrasser la carrière diplomatique. Il fait ses preuves, de 1801 à 1804, comme « commissaire général de relations commerciales, chargé d'affaires auprès de la Républiques des sept Iles » (anciennes possessions vénitiennes en mer ionienne érigées en république en 1800). De retour à Paris en 1804 il sollicite Bertier, ministre de la guerre de Napoléon, par l'intermédiaire du maréchal Soult :

« M. l'adjudant commandant Romieu, qui, depuis l'an 9, est employé dans des missions diplomatiques et qui, je crois, a justifié la confiance de Sa Majesté en les remplissant avec beaucoup de distinction, témoigne depuis longtemps le vif désir d'être remis en activité de service... La connaissance particulière que j'ai du mérite, du dévouement et des services de cet officier me porte... à vous prier de l'accueillir favorablement et de daigner le présenter à la nomination de S.M. pour le grade de général de brigade »[7].

Romieu ne sera pas nommé général de Brigade, ne réintégrera pas l'armée impériale, il est chargé, par ordre de Napoléon I à Talleyrand (ministre des relations extérieurs), d'une mission diplomatique en Perse, véritable doublon de la mission Jaubert[8] :

« La personne que j'ai l'intention d'envoyer en Perse est l'adjudant commandant Romieu. Faites lui donner les mêmes instructions qu'à M. Jaubert, et faîtes le partir sous le plus court délais s'il arrivait que M. Jaubert ne fût point parti de Constantinople quand il arrivera, ils se concerteraient ensemble et partiraient à une grande distance l'un de l'autre et par des chemins différents... il ne doit pas se mettre en route en même temps que M. Jaubert, afin que s'il arrivait des accidents à l'un, l'autre les surmontât. Vous ne manquerez point de lui faire connaître que le principal but de son voyage est de s'instruire de la situation de la Perse et de la marche des gouverneurs qui y existent, province par province, et de reconnaître à combien se montent ses forces. Il doit, s'il lui est possible, parcourir les bords de l'Araxe et pousser jusqu'aux frontières russes. Il prendra des renseignements sur les évènements passés, et enfin sur tout ce qui peut me mettre à même de connaître bien le pays. Il sera très réservé, cependant, en causant avec les ministre et l'Empereur (le Shah), il dira que je veux entrer en alliance avec lui et lui offrir des secours »[9].

Alexandre Romieu arrive à Constantinople le 20 mai 1805 où se trouve déjà Amédée Jaubert. Tous les deux sont donc chargés d'une mission commune avec des attendus et des instructions similaires, mais, par soucis de sécurité, ils doivent emprunter des itinéraires différents. Par ailleurs, à la différence de son « co-émissaire », orientaliste reconnu et ancien interprète en chef de l'expédition d'Egypte, Romieu ne maîtrise aucune des langues en usage dans les contrées à traverser (il ne parle ni le turque, ni le persan...) et, mis à part sa courte expérience dans les Iles ioniennes, il connaît très mal les mœurs et les usages orientaux.

Il convient préalablement de mettre sa mission secrète en perspective avec le contexte politique, militaire et diplomatique. Edouard Driault, Irène Natchkebia[10] et surtout Iradj Amini ont très bien analysé « la tentation orientale » de Napoléon - Bonaparte. A l'image de la société des Lumières et à l'unisson de son temps, il est attiré par l'Egypte et l'Orient. Thierry Lentz, directeur de la Fondation Napoléon et enseignant à l'université de Paris IV - Sorbonne, parle d'un « exotisme de salon », d'un attrait littéraire et culturel entretenu par un « réel intérêt historique et archéologique »[11]. Napoléon - Bonaparte, depuis son expédition d'Egypte jusqu'à sa diplomatie avec les empires ottoman et persan, y adjoindra des objectifs stratégiques, tout du moins des visées politiques et tactiques. En 1804-1805 il s'agit d'établir une triple alliance entre la France, la Porte et la Perse pour entreprendre une guerre commune contre l'empire russe mais aussi pour ouvrir la voie à une éventuelle expédition vers les Indes anglaises. Dans cette perspective, Romieu (tout comme Jaubert) est envoyé auprès de Feth-Ali-Shah pour sonder l'état politique, économique et sociale de la Perse sous l'égide de la nouvelle dynastie des Kadjars, s'instruire sur le nouveau souverain et son entourage, surtout pour évaluer le potentiel militaire persan et la perspective d'une alliance. Il est en outre dépositaire d'une lettre de Napoléon destiné au Schah l'informant des attendus de la mission, exprimant la bienveillance et l'amitié française[12].

Compte tenu des objectifs de la mission et du contexte international (perspective d'une nouvelle coalition européenne contre la France) et oriental (tension entre la France et l'empire ottoman depuis l'expédition d'Egypte ; rappel de l'ambassadeur Brune en décembre 1804, la Porte refusant de reconnaître à Napoléon le titre d'empereur), le périple de Romieu est secret et son dessein dissimulé. Ainsi à Constantinople, seuls Antoine Franchini[13], drogman et secrétaire d'ambassade, et surtout Pierre Ruffin[14], chargé d'affaire dans la capitale ottomane, sont informés de l'objet de la mission et chargés d'en faciliter l'accomplissement[15]. Pierre Ruffin est un maillon essentiel qui, selon des instructions expédiées (sous la forme d'une lettre codée) par Talleyrand, ministre des relations extérieures, doit donner à Romieu « les conseils et directions nécessaires »[16]. Jaubert ayant pris la route d'Erzeroum - Trébizonde, Romieu se met en route le 15 juin 1805 pour Téhéran via Alep, Orfa, Diarbekir, Mardin, Mossoul, Kirkouk, Hamadan, et Kazvin. Il arrive à Téhéran le 25 septembre 1805 au terme d'un périple « épique », significatif de l'aventure que représente encore le voyage en Orient au début du XIX° siècle.

Le voyage en Perse au début du XIX° siècle : une aventure hasardeuse et périlleuse.

Voyager dans l'empire ottoman et en Perse reste en effet un périple lent, aléatoire, voire dangereux qui nécessite une logistique éprouvée. Romieu, envoyé diplomatique napoléonien, bénéficie de contacts et de points d'appui grâce aux représentants de la France en Orient, « ambassadeurs », consuls, chargés d'affaires plus ou moins officiels. Il dispose des relais mis à dispositions par Pierre Ruffin depuis Constantinople et de lettres de recommandation auprès de deux personnages clefs de sa mission : Louis - Alexandre de Corancez[17], représentant français à Alep (avec le titre de commissaire des relations commerciales) et Jean - François Rousseau[18], son homologue à Bagdad. Ces deux agents français sont chargés d'introduire Romieu auprès des gouverneurs persans et de Feth-Ali-Shah, de faciliter son voyage sur le plan logistique (déterminer l'itinéraire et les étapes, lui fournir guides, escortes et interprètes...).

Il est en effet nécessaire à l'émissaire français d'être escorter et guider : au départ de Constantinople il est accompagné d'un Tatare et d'un janissaire, puis à partir d'Orfa par une « troupe de cinquante hommes »[19] ; en outre la possession de firmans (« passeports ») et de lettres de recommandation lui sont indispensables. Sur ce point le rôle de Corancez et de Rousseau est essentiel ; ce dernier en rend compte à Talleyrand ministre des relations extérieures :

« Je lui ai remis des lettres de recommandation pour tous le pachas et gouverneurs qui commandent sur les villes de la route que je connais pour la plupart personnellement. J'ai eu soin aussi de le recommander aux khans et gouverneurs de Kermancha et d'Hamadan. J'ai écrit personnellement à Fath - Ali - Khan même, que j'ai connu bien jeune dans un de mes voyages à Shiraz, à son premier ministre, à notre ami, le cheikh Es Eleslam d'Ispahan et à d'autres chefs de l'Etat persan pour leur annoncer, de manière plus positive que je n'avais fait jusqu'à présent, la mission importante dont M. Romieu est chargé »[20].

Les agents français ont aussi la charge de trouver un drogman de confiance pour accompagner l'émissaire de Napoléon. Au départ de Constantinople Pierre Ruffin lui en fournit un très médiocre, un Français l'expédition d'Egypte, ignorant et incompétent :

« Je n'ai trouvé chez lui qu'un imbécile dont le cerveau était à peine raffermi après une maladie de démence qu'il avait eue pendant et après sa captivité, qui me fut cachée, qui, ignorant presque autant que moi la langue turque, n'a fait que des bévues et des quiproquos pendant toute la route et qui, pendant mon séjour forcé à Antioche, chez son ancien maître, m'a exposé à mille désagréments »[21].

Ce sont finalement Rousseau et Corancez qui, à Alep, lui adjoignent un interprète de qualité en personne de Georges Outrey[22] qui va le suivre jusqu'à Téhéran et l'assister jusqu'à son décès.

Compte tenu des collaborateurs nécessaires (selon Rousseau, Outrey aurait été rémunéré à auteur de 5500 piastres[23]) et de l'indispensable logistique humaine et matérielle, le voyage en Perse au début du XIX° entraîne des frais considérables ; Romieu le fait à juste titre remarquer à Talleyrand :

« Vous serez surpris... quand je vous rendrai mes comptes, de voir les dépenses énormes qu'il faut faire pour voyager en Asie, surtout dans ce moment où toutes les provinces sont en guerre civile et les routes couvertes de Wahabis, Curdes, Turcomans, etc. ; l'escorte que je suis forcé à prendre jusqu'à l'Euphrate, distant de trente-deux lieues, me coûte cinq cent piastres. Je serai heureux si, avec le prix des montres que j'ai achetées ici pour répandre sur la route et des habits turcs que je suis obligé de prendre, je ne dépense que douze mille francs jusqu'aux frontières de la Perse ! »[24].

Mais ces dépenses apparaissent inévitables pour parer aux aléas et dangers qu'encourent le voyageur. La marche est en effet lente (à cheval avec des étapes multiples) mais surtout hasardeuse et périlleuse.

Romieu souffre du climat, de la pénibilité du voyage et des conditions sanitaires médiocres qui, à Alep, lui donnent une forte fière l'obligeant à s'aliter. Mais le danger vient surtout de l'hostilité des populations locales, plus ou moins soumises aux autorités (voire même en révolte contre elles à l'exemple des Wahabis et des Singars), et des groupes de brigands qui infestent ces « contrées montagneuses » ; à proximité d'Eskischir il est ainsi attaqué par une bande de voleurs turcomans. Il doit également faire face aux intrigues des agents anglais qui cherchent à percer les projets français et à les empêcher de les mener à bien. Malgré le secret qui entoure la mission Romieu, le consul d'Angleterre à Bagdad, Harford Jones, en est rapidement informé par ses intermédiaires persans (Iradj Amini donne notamment le nom de Mirza Bozorg, ministre du prince héritier Abbas Mirza[25]). C'est Barker, consul d'Angleterre à Alep, qui prend en charge les « opérations » à l'encontre de l'émissaire français : un Tatare (nommé Sarcos Haly) est envoyé pour s'informer de l'itinéraire et de l'objet précis de la mission ; aux dires de Corancez, ce Tatare, qui dispose d'une forte somme d'agent, aurait reçu « l'ordre de faire arrêter, voire de faire assassiner l'officier français par quelque chef Arabe ou Curde »[26]. Mis en échec par l'action conjuguée de Rousseau, Corancez et Romieu, le Tatare est arrêté, ses effets confisqués, puis il est renvoyé à Alep. Cette « tentative d'assassinat » niée officiellement par l'Angleterre fera immédiatement l'objet d'une violente polémique entre Corancez et Barker[27].

Finalement Romieu arrive à Téhéran le 25 septembre 1805, au terme d'un voyage éprouvant dont il témoigne à mainte reprises :

« Je ne conseille à aucun Européen de faire la route de Constantinople à Alep par la voie de poste. Celle des caravanes me paraît la seule praticable. A trente lieues de Constantinople, on commence à voyager chez les peuples les plus barbares et les plus inhospitaliers de la Turquie. L'autorité du sultan n'y est pas connue. La guerre civile existe d'une bourgade à l'autre et tout le pays de Caramanie principalement est couvert de voleurs turcomans »[28].

L'arrivée de l'émissaire napoléonien dans la capitale perse clôture l'aventure du voyage, une autre s'engage, celle de la confrontation du Français avec l'univers persan... entre réalité et imaginaire.

Jeux de miroirs et imaginaire : Romieu en Orient.

Reçu dés son arrivée à Téhéran par l'entourage proche du Shah, Mirza-Reza-Gholi Navai et Mirza Mohammed Chaffi, puis le 30 septembre 1805, en audience solennelle par Feth-Ali lui-même, Alexandre Romieu accède à un ordre politique, social et culturel autre, fait de codes, d'us et coutumes qu'il connaît mal. Sa correspondance et ses divers mémoires diplomatiques témoignent d'une volonté de compréhension et d'analyse mais le regard demeure extérieur et les relations indirectes (l'interprète Georges Outrey est l'intermédiaire inévitable, le filtre relationnel). Son écriture exprime une certaine tension entre le jeu diplomatique et tout un imaginaire stéréotypé hérité des Lumières. Les textes rédigés « à chaud » par le diplomate français, au-delà du « style ministériel », mettent ainsi en évidence la dynamique intertextuel caractéristique de la littérature du voyage. Dans une certaine mesure Romieu dialogue avec ses prédécesseurs en Perse, répond aux analyses savantes et aux rapports diplomatiques antérieurs.

A ce titre sa « bibliothèque de voyage » est significative du jeu de miroirs, de « l'écriture dialogique » qui transparaît au détour d'un rapport par le biais d'un portrait (celui de Feth-Ali-Shah, celui du prince héritier Abbas Mirza) ou d'une étude (l'état des armées, la gouvernance persane par exemple). Au départ de Paris, Talleyrand avait en effet constitué tout un corpus documentaire dont Romieu « devait se pénétrer » jusqu'à son arrivée à Constantinople. L'émissaire se voit donc investi d'un savoir qu'il va inévitablement s'approprier, avant de le confronter à « la réalité » persane :

« Il s'agissait d'une copie des instructions de Jaubert ; d'un précis de tout ce que les archives du ministère possédaient d'intéressant sur la Perse, depuis 1626, époque de la première agence envoyée à Ispahan ; d'extraits de récits de voyages ; d'un mémoire sur la Perse, en 1802 ; d'un résumé sur les dispositions du présent gouvernement ; d'un précis du 4° volume des voyages de M. Olivier ; d'un précis statistique de la Perse ; d'un mémoire sur le commerce rédigé en 1768 par un agent de la Compagnie des Indes à Bassora, Petro de Perdrian »[29].

C'est donc toute une écriture et un imaginaire classique qui sont référencés et érigés en modèle.

Romieu, en particulier dans ses portraits de dignitaires, reprend à son compte nombre de codes et d'images des voyageurs et penseurs des Lumières. Tavernier[30], Chardin[31] et Montesquieu[32] font à bien des égards échos à ses discours sur le luxe, les plaisirs et le despotisme perses. La description du Kadjar Feth-Ali-Shah, inséré dans l'ultime rapport de Romieu à Talleyrand, semble ainsi dialoguer avec les souverains Safavides peints par Tavernier et Chardin, ou avec Rica et Usbek, les Persans imaginaires de Montesquieu[33] :

« Bien qu'il soit despote, il consulte ses ministres dans toutes les occasions intéressantes... Il passe pour être très juste et très charitable envers les pauvres, mais très sévère envers les grands, allant jusqu'à faire mettre à mort ceux qui ont commis quelque faute grave... Il est religieux, sans être dévot et fanatique. Tous les chrétiens des différentes sectes répandues dans son Empire se louent de la protection qu'il leur accorde. Il protège les négociants étrangers, lesquels font son éloge. Il passe pour être honnête homme et fidèle à ses promesses... Il aime les femmes à la fureur. Aussi son harem en est-il rempli. Il en a plus de cent entre les légitimes et concubines, sans compter les troupes nombreuses de danseuses et musiciennes renfermées dans le local... Il aime beaucoup la chasse aux faucons et la chasse à courre. Il se livre deux ou trois fois par mois à cet exercice. Il a une grande passion pour les perles, les diamants et les autres pierres précieuses, mais il faut que ces objets soient d'une grosseur volumineuse... »[34].

Les textes de Romieu combinent donc le discours « exotique » classique des Lumières avec la prose diplomatique qui fait de la Perse et des Persans des objets d'étude empirique. L'émissaire française ne se départit en effet jamais de sa posture officielle qui donne sens au voyage et justifie son écriture. Il est mandaté par Napoléon et se doit de répondre aux attentes gouvernementales précisées dans son ordre de mission. Ses conclusions sur la l'état « déplorable » de l'armée perse et sur la situation géopolitique de la région rejoignent celles énoncées par les rapports de Ruffin, Corancez et Rousseau au ministère des relations extérieures[35], et par Guillaume - Antoine Olivier[36] à l'issue de son voyage en Orient entre 1793 et 1798. Cependant, en militaire de carrière, Romieu développe une vision stratégique mise en perspective sur la longue durée, qui se démarque sensiblement des analyses soutenues par ses contemporains et prédécesseurs. Il est en effet plus que nuancé sur l'intérêt d'une alliance entre la Perse et la France dont l'intérêt à ses yeux ne peut être que conjoncturel et tactique. Il émet des réserves sur la volonté et la capacité persanes à s'engager vers les Indes anglaise alors que le Shah paraît obnubilé par les progrès russes sur ses terres caucasiennes ; il estime en outre que l'objectif structurel de la Russie demeure l'empire ottoman et son ouverture sur la Méditerranée :

« Si la Russie en voulait sérieusement la Perse, pourquoi, connaissant à fond sa faiblesse, n'aurait-elle pas commencé par s'emparer de la province de Chirvan... mais dans son plan favori, transmis d'un règne à l'autre, toutes les opérations doivent tendre à l'envahissement du territoire ottoman et l'occupation de Chirvan est inutile pour l'exécution de ce projet tandis que celle d'Erivan lui ouvre, ainsi que j'ai l'honneur de vous le dire, les chemins de la mer Noire dont elle n'a pas encore le contrôle... Les autres avantages que la France pourrait retirer de cette union avec la Perse (outre la défense de l'empire ottoman et l'arrêt des progrès russes) sont ou bien précaires, ou bien éloignées ; en effet, l'influence de la Perse sur les Afghans pour les lancer contre les Anglais est plus que nulle. Il vaudrait mieux envoyer secrètement un émissaire auprès du roi de Candahar... »[37].

Ces recommandations ne vont cependant pas être suivi d'effet, révoquées, pour ainsi dire, par les rapports contradictoires de Rousseau et de Jaubert préconisant avec assurance l'intérêt d'une alliance franco - perse. La mort prématurée et subite de l'émissaire français à Téhéran le 12 octobre 1805 met donc un terme à l'analyse géostratégique originale développée dans ses rapports et aux « jeux de miroirs déformants»[38] qui nourrissent ses écrits. Mais paradoxalement, au-delà de son écriture, c'est son décès tragique en Perse qui lui vaut la postérité et érige son périple en véritable « lieu de mémoire » viatique.

Jeux de Mémoires

Le mystère qui entoure la mort du diplomate français donne d'emblée libre cours à toutes les interprétations. Les agents diplomatiques français chargés d'éclaircir ce drame, recensent les témoignages et formulent leurs hypothèses transmises au ministère des relations extérieures. Ruffin évoque les deux rumeurs qui circulent : selon l'une le Français serait tombé gravement malade quelques jours après son arrivée à Téhéran ; selon l'autre « il est mort d'un grand vomissement et... on l'a cru empoisonné par l'ambassadeur anglais, arrivé presque en même temps que le notre »[39]. Ruffin, dans sa correspondance avec Jaubert, semble cependant prendre partie pour la seconde supposition (préconisant de fait à Jaubert la plus grande prudence) :

« Il serait mort après un vomissement continuel de trois jours, le frisson et une grande chaleur », « le bruit public est qu'il a été empoisonné »[40].

Ce sont Corancez et Rousseau qui se font les défenseurs acharnés de la thèse de l'empoisonnement par un agent au service des représentants anglais locaux. Ils fondent leurs convictions sur l'épisode du Tatare anglais et sur l'état de santé de l'interprète Georges Outrey atteint du même mal que le diplomate français mais qui en réchappera après une longue convalescence. Le consul anglais à Alep, Barker, mis directement en accusation par Corancez (lui-même consul de France à Alep) niera officiellement les faits, ouvrant la voie à une vive polémique[41] qui va ensuite dépasser le cadre diplomatique et s'inscrire dans la mémoire collective.

Certains récits de voyage en perse évoquent (souvent brièvement) cette mort tragique et mystérieuse. Si Jaubert se garde bien de formuler une quelconque hypothèse, prenant simplement acte du sort de son prédécesseur (« il périt des causes qui sont encore inconnues » ; « M. Romieu était mort presque subitement »)[42], trente-cinq ans plus tard Eugène Flandin est moins équivoque :

« il périt mystérieusement sans que depuis on ait jamais su la vraie cause de sa mort », « l'opinion généralement accréditée en Perse, et parmi les agents du gouvernement français de cette époque, est que le général Romieu a été empoisonné à Téhéran, ainsi que son domestique M. Outrey »[43].

En 1854, l'architecte de la ville de Paris, Félix Pigeory, dans ses « Lettres artistiques et historiques », reproduit les missives de Durighello, vice consul d'Espagne à Alep, tentant de démêler, en vain, « la catastrophe dont l'infortuné général fut la victime »[44].

Mais ce sont surtout les érudits drômois (Romieu est originaire de Nyons et s'est essayé à une carrière politique locale) qui inscrivent le roman de sa mort dans le champ de l'émotion et de l'affectif. Dés lors l'histoire de l'émissaire français se charge d'une dimension épique qui met en scène tout un imaginaire orientaliste. Le souvenir mystérieux du décès de Romieu se transmet et se reconstruit, ce qui implique de multiple reformulations et transformations. Nicolas Delacroix, par exemple, en 1835, mêle l'épisode du Tatare avec l'hypothèse de l'empoisonnement, produisant de fait un travestissement du « réel » :

« On a prétendu, dans le temps, qu'il avait été assassiné par un Tatare mis à sa poursuite par le consul anglais Barker »[45]. Ce travail de la mémoire en arrive à célébrer le spectacle de la mort de Romieu dont le récit dans la notice biographique d'Adolphe Rochas, en 1856, met en évidence le jeu entre l'histoire, l'imaginaire oriental et la dynamique romanesque : « l'envoyé français avait pris congé de Feth-Ali, chargé de magnifiques présents pour lui-même et pour l'empereur, son souverain ; il était à peu de distance de la capitale, où tant de cérémonies et de fêtes avaient lieu en son honneur, lorsque soudain, pris de douleurs, il expire sur la route ; son aide-de-camp, atteint du même mal, essaye de se traîner encore, et meurt à quelques pas de là, les regards tournés vers la France... Voyant le corps de ce glorieux ami criblé de blessures profondes, Feth-Ali se répandit en sanglots et en larmes abondantes ; il déplora avec amertume le destinée lamentable de ce soldat, qui, après avoir bravé tant de morts, venait de périr obscurément frappé dans les ténèbres par la main du crime. Il n'est pas douteux, en effet, que Romieu et ses compagnons eussent été victimes d'un empoisonnement. Mais ce poison, qui l'avait versé ? Etait-ce le domestique du général, dan un but cupide afin de s'emparer des trésors de son maître, ou n'avait-il été que le bras d'une nation ennemie qui lui avait généreusement payé le prix du sang ? »[46].

Mis en récit, mis en scène, la mort de l'émissaire français échappe à l'Histoire pour rejoindre le champ de la Mémoire. Cette trajectoire se nourrit aussi d'un site, bien réel celui-ci, le tombeau de Romieu près de Téhéran. Erigé en « lieu de mémoire » viatique, il est en effet l'objet de véritables pèlerinages pour les voyageurs français en perse de la première moitié du XIX° siècle.

Pierre Nora explique que la Mémoire a besoin de traces, d'une certaine matérialisation qui facilite la transmission et permet la célébration, c'est-à-dire la forme achevée du « devoir de mémoire »[47]. Ce sont les contemporains de Romieu, voyageurs et agents diplomatiques en Orient, qui initient l'impératif du périple sur sa tombe et inscrivent ce site dans le registre de la filiation : un voyageur français en Perse digne de ce nom doit faire un détour et rendre hommage à un prédécesseur au destin tragique. De fait, cette « loi du souvenir » impose une obligation morale qui relie symboliquement à une chaîne de voyageurs, l'acte commémoratif relèvant en ce sens du registre filial et identitaire.

Rousseau fils, témoin des obsèques, et Jaubert qui (sans doute) fleurit la tombe en 1806, sont les premiers a évoquer le « mausolée » et à célébrer la mémoire de Romieu. Rousseau fils décrit avec émotion la cérémonie funèbre : de nombreux chrétiens et les prêtres (rémunérés par le Shah) de Téhéran, quelques dignitaires de la cour, auraient assisté à un enterrement fastueux avec un cérémonial honorifique prévu pour les plus grandes personnalités persanes. Feth-Ali-Shah aurait lui financé un mausolée, substantiel acte diplomatique :

« Il l'a fait inhumer d'une manière honorable, ayant ordonné qu'on construise un mausolée où son corps a été déposé en grand appareil funéraire »[48].

Selon Jaubert, il a donc été honoré par un « monument surmonté d'une coupole »[49]. Quelques mois plus tard, le général Gardane, nommé ministre plénipotentiaire en Perse (mai 1807), paraît s'être également recueilli sur cette tombe formée par « quatre piliers de briques et un petit dôme »[50]. Mais c'est Adolphe Rochas en 1856, se fondant sur le « témoignage » d'Auguste Romieu, fils du diplomate[51], et surtout sur une vue du mausolée dessinée en 1807 par le capitaine de génie Lamy (membre de l'ambassade du général de Gardane) qui livre avec emphase certains détails (réels ou imaginaires) sur le « mausolée »:

« la dépouille de l'ambassadeur français obtint les honneurs d'une sépulture princière ; un tombeau ou sorte de marabout, dans le style ordinaire de ces monuments, formés de quatre murs avec une porte mauresque, le tout dominé par une coupole, fut érigé près de Téhéran, à l'endroit même où le général avait rendu le dernier soupir »[52].

Il importe cependant de fortement relativiser ce témoignage hagiographique emprunt de clichés pittoresques orientalistes.

En 1865, le comte Alfred de Gardane, fils du diplomate, publiant certains documents historiques inédits, localise en effet beaucoup plus précisément l'édifice, en minimise l'importance et la somptuosité : « un tombeau modeste au pied des murs de Téhéran, à deux cent toises de la porte Desmaser - cha - Abdul Azim, au midi de la ville, indique le lieu où repose loin de sa patrie cet intéressant officier »[53]. Les travaux contemporains du chercheur iranien Iradj Amini, bien plus prosaïques, se départissent aujourd'hui de l'émotion et de l'affectif mémoriel, vont même à l'encontre de la mémoire, en considérant que Romieu a été enterré à Rey (dans la banlieue proche de Téhéran) « à l'ombre du mausolée d'une des figures vénérables de l'Islam chiite »[54], certes une marque de respect, mais sans le faste oriental fantasmé et sans la construction d'un édifice en son honneur. C'est d'ailleurs ce que deux voyageurs du milieu du XIX° laissaient déjà présupposer : le comte de Sercey, en 1840, incapable de retrouver la tombe de Romieu malgré de multiples visites et une enquête auprès des « registres des mosquées »[55] ; Lottin de Laval, dans les années 1850, qui le localise après plusieurs péripéties :

« Quant au tombeau du général, j'ai voulu le voir ; on me conduisit d'abord en direction de Nigharistan où se trouvent plusieurs cimetières. Comme j'élevais quelques doutes sur cette hospitalité de la mort, donnée par des chiites à un nesrâni mort de mort violente, un vieillard m'apprit d'un ton mystérieux qu'en effet un kiafir (l'infidèle) avait été porté sur la route de Cheik - Abd - ul -Azim. Nous nous dirigeâmes vers cet endroit, et alors, au milieu de tombeaux, sans style, on me montra un massif quadrangulaire surmonté d'une simple coupole et l'on me dit : Voici le tombeau de l'eltchi (l'envoyé) »[56].

Ainsi, entre souvenir et oubli, le décès de Romieu et sa sépulture aux environs de Téhéran sont érigés en véritable « lieu de mémoire » pour les voyageurs français en Perse dans la première moitié du XIX° siècle.

La mémoire comme l'a mis en exergue Pierre Nora, se nourrit de souvenirs flous en perpétuellement reconstruction. « Sensible à tous les transferts », elle est reformulée, réécrite, oubliée ou réactivée, participant elle-même aux « jeux de miroirs déformants » convoqués dans « tous » récits de voyage. A ce titre le périple de Romieu, investi de mystères et de fantasmes en raison de son issue tragique en terre d'Orient, est pour un temps édifié en « lieu de mémoire ». Le « mausolée » de l'émissaire napoléonien, entre mythe et « réalité », alimente l'écriture dialogique des voyageurs et tient lieu de « pèlerinage » viatique. Il permet une affiliation symbolique car il fait trace, une trace matérielle qui justement est l'assise de cette « mémoire obligée » et donne corps à la commémoration. En effet, « les lieux de mémoire, ce sont d'abord des restes. La forme extrême d'une conscience commémorative dans une histoire qui l'appelle, parce qu'elle l'ignore... Sans vigilance commémorative, l'histoire les balaierait vite. Ce sont des bastions sur lesquels on s'arc-boute. Mais si ce qu'ils défendent n'était pas menacé, on n'aurait plus besoin de les construirent... En revanche, si l'histoire ne s'en emparait pas non plus, pour les déformer, les transformer, les pétrir et les pétrifier, ils ne deviendraient pas des lieux de mémoire »[57].

David Vinson


  1. ^ Voir Astrolabe n°20 « Napoléon en Perse : la mission Jaubert 1805-1804, entre expérience viatique et contexte diplomatique » juillet - août 2008.
  2. ^ Pierre Amédée Jaubert : Voyage en Arménie et en Perse, fait dans les années 1805 et 1806, accompagné d'une carte des pays compris entre Constantinople et Téhéran, dressée par le chef d'escadron Lapie, suivi d'une notice sur le Ghilan et le Mazenderan par M. le colonel Trézel, Paris, Ducrocq, 1821, pages 298-299.
  3. ^ Pierre Nora : Les lieux de mémoire, « présentation », Paris, Gallimard, 1984, tome I
  4. ^ Nicole Gotteri : « Antoine - Alexandre Romieu, 1764-1805, général et diplomate », dans la Revue Drômoise, n°468, juin 1993, page 411 à 456 ; n°469, septembre 1993, page 500 à 535.
  5. ^ Iradj Amini : Napoléon et la Perse, édité par la Fondation Napoléon, 1995.
  6. ^ Romieu est l'auteur d'un Eloge historique du général Championnet, Périgueux, Dupont et fils, 1843.
  7. ^ SHAT, dossier personnel de Romieu ; dans Nicole Gotteri page 504.
  8. ^ David Vinson : « Napoléon en Perse : la mission Jaubert 1805-1804, entre expérience viatique et contexte diplomatique », dans Astrolabe n°20, juillet - août 2008.
  9. ^ Lettre de Napoléon I à Talleyrand depuis Chalon sur Saône, 17 germinal an XIII (7 avril 1805),  lettre  n°8535 dans Correspondance de Napoléon I... », Paris, Henri Plon, J. Dumaine, tome X, 1858-1870, pages 292-293 / Archives du Ministère des Affaires Etrangères, Personnel, vol. 60, fol. 251.
  10. ^ Edouard Driault : La politique orientale de Napoléon, Paris, Alcan, 1904  ; Irène Natchkebia : Les relations diplomatiques entre la France et la Perse au début du XIX°, Tbilissi, 2002.
  11. ^ Thierry Lentz : « Pourquoi l'Egypte ? », dans Revue du Souvenir napoléonien, n°418, mai - juin 1998, page 11.
  12. ^ Archives du ministère des affaires étrangères, « Correspondance politique Perse », volume 8, document 93.
  13. ^ Antoine Gautier et Marie Testa : « Quelques dynastie de drogmans », dans Revue d'histoire diplomatique, 1-2, 1991 / Drogmans et diplomates européens auprès de la Porte ottomane, Istanbul, édition ISIS, 2003.
  14. ^ Henri Dehérain : La vie de Pierre Ruffin, orientaliste et diplomate, Paris, 1929-1930.
  15. ^ Nicole Gotteri : op.cit., page 506 / Iradj Amini : op.cit., pages 79-83.
  16. ^ Archives du ministère des affaires étrangères, « Correspondance politique Perse », volume 8, fol. 273 (lettre du 27 avril 1805), dans .Nicole Gotteri : op.cit., page 510.
  17. ^ D'origine Suisse, Louis -Alexandre Corancez (1770-1832) fait partie de l'expédition de Bonaparte en Egypte avant d'être nommé commissaire des relations commerciales à Alpe où il représente également la France. Cet orientaliste a publié de nombreux ouvrages sur l'Orient.
  18. ^ Jean - François Rousseau est le fils de l'horloger genevois Jacques Rousseau (et le petit cousin de Jean - Jacques Rousseau) qui avait accompagné la mission Fabre envoyée par Louis XIV en Perse et avait décidé de s'y installer (dès lors, il sera, entre autre, un des joailliers de la cour persane). Jean-François est né à Ispahan en 1738 ; il est donc bien au fait des mœurs, usages et coutumes orientales et il parle couramment diverses langues locales et notamment le persan. En 1756 il est établi comme agent de la Compagnie française des Indes orientales (et représentant de la France) à Bassora puis à Bagdad. Il dispose de nombreuses relations dans les empires ottoman et perse.
  19. ^ Nicole Gotteri : op.cit., page 521.
  20. ^ Lettre de Rousseau à Talleyrand, dans Nicole Gotteri, op.cit., pages 519-520.
  21. ^ Nicole Gotteri, op.cit., pages 515-516.
  22. ^ Georges Outrey est le beau-frère de Rousseau fils.
  23. ^ Nicole Gotteri, op.cit., page 519.
  24. ^ Archives du ministère des affaires étrangères, « Correspondance politique Perse », volume 8, fol.361 (Romieu au ministre, 2 août 1805), dans Nicole Gotteri page 519.
  25. ^ Iradj Amini : op.cit., page 84.
  26. ^ Nicole Gotteri : op.cit., page 520.
  27. ^ Archives du ministère des affaires étrangères, « Correspondance politique Perse », volume 8, fol.121, dans Iradj Amini, page 86.
  28. ^ Archives du ministère des affaires étrangères, « Correspondance politique Turquie », volume 210, fol. 112 et suivants (Romieu au ministre, 15 juillet 1805), dans Nicole Gotteri, op.cit. page516.
  29. ^ Archives du ministère des affaires étrangères, « Correspondance politique Perse », volume 210, fol. 245, dans Nicole Gotteri, op.cit., page 506-507.
  30. ^ J.B. Tavernier : Les Six Voyages de Jean Baptiste Tavernier, écuyer baron d'Aubonne, qu'il a fait en Turquie, en Perse, et aux Indes, pendant l'espace de quarante ans, & par toutes les routes que l'on peut tenir : accompagnez d'observations particulières sur la qualité, la religion, le gouvernement, les coutumes & le commerce de chaque païs ; avec les figures, le poids, & la valeur de monnoyes qui y ont court, Paris, Gervais Clouzier, 1676.
  31. ^ Jean Chardin : Journal du voyage du chevalier Chardin en Perse et  aux Indes orientales par la mer noire et par la Colchide, Londres, Chez M. Pitt, 1686
  32. ^ Montesquieu : Lettres persanes (1721), nouvelle édition, Paris, Folio Gallimard, 2003 / De l'esprit des lois (1748), Œuvres Complètes, Paris, Gallimard Pléiade, 1964.
  33. ^ Montesquieu : Lettres persanes (1721), op.cit.
  34. ^ Archives du ministère des affaires étrangères, « Correspondance politique Perse », volume 9, fol.27, dans Iradj Amini, pages 91-92.
  35. ^ Archives du ministère des affaires étrangères, « Correspondance politique Perse », volumes 8-9, « Correspondance politique Turquie », volumes 206 à 209.
  36. ^ G. A. Olivier : Voyage dans l'empire ottoman, l'Egypte et la Perse, fait par ordre du gouvernement, pendant les six premières années de la République, Paris, H. Agasse, 1801-1807).
  37. ^ Archive du ministère des affaires étrangères, « Correspondance politique Perse », volume 9, fol 27, dans Iradj Amini, pages 93-94.
  38. ^ Guy Barthélemy : Images de l'Orient au XIX° siècle », Paris, Lacoste, 1992 / Fromentin et l'écriture du désert, Paris, L'Harmattan, 1997 / « Photographie et représentation des sociétés exotiques au XIX° siècle », dans Romantisme n°105, 3° trimestre 1999.
  39. ^ Archives du ministère des affaires étrangères, « Correspondance politique Perse », volume 8, fol. 397 ; Archive du ministère des affaires étrangères, « Correspondance politique Turquie », volume 211, fol. 24 v°, dans Nicole Gotteri, op.cit. page 524.
  40. ^ Archives du ministère des affaires étrangères, « Correspondance politique Perse », volumes 8 et 9, fol. 121 et 14, dans Iradj Amini, op.cit., page 90.
  41. ^ Archives du ministère des affaires étrangères, « Correspondance politique Turquie », volume 211, fol. 147-154, dans Nicole Gotteri page 252.
  42. ^ Pierre Amédée Jaubert : op.cit., pages 5 et  298-299
  43. ^ Eugène Flandin et Pascal Coste : Voyage en Perse pendant les années 1840-1841..., Paris, Baudry et Gide, page 2 et note n°1.
  44. ^ Félix Pigeory : Les pèlerins d'Orient - Lettres artistiques et historiques sur un voyage dans les provinces danubiennes, la Turquie, la Syrie et la Palestine, Paris, Dentu, 1854, pages 208-213 et 409-413.
  45. ^ Nicolas Delacroix : Statistiques du département de la Drôme, Valence, Borel, 1835, page 576.
  46. ^ Adolphe Rochas : Biographie du Dauphiné, Paris, Charavay, 1856, pages 362-363.
  47. ^ Pierre Nora : op.cit., tome I, présentation.
  48. ^ Archives du ministère des affaires étrangères, « Correspondance politique Turquie », volume 60, fol. 255-262 v° (Rousseau fils au ministre, Alep, 27 janvier 1806), dans Nicole Gotteri, page 526.
  49. ^ Pierre Amédée Jaubert : op.cit., pages 298-299.
  50. ^ Le général de Gardane, dans Nicole Gotteri, page 526.
  51. ^ Pour rédiger sa notice biographique sur Alexandre Romieu, Rochas a utilisé un petit document d'environs 80 pages, édité à quelques exemplaires par Georges Guénot : M. Romieu et ses œuvres, Paris, Ledoyen, 1853. Ce document qui traite d'Auguste Romieu (1800-1855), préfet de Haute Marne et directeur des beaux-arts, aborde également la vie de son père Alexandre Romieu. Rochas déclare d'ailleurs tenir l'essentiel de ses informations de ce document qui lui a été transmis par Thoré, secrétaire d'Auguste Romieu.
  52. ^ Adolphe Rochas ; op.cit., page 363.
  53. ^ Mission du général Gardane en Perse sous le premier Empire - Documents historiques publiés par son fils, le Cte Alfred de Gardane, Paris, Lainé, 1865, pages 19-20.
  54. ^ Iradj Amini : op.cit., page 90.
  55. ^ Le comte de Sercey : « La Perse en 1840 », dans Revue contemporaine, Paris, tome 12, 1854, page 520. Il semble que le comte de Sercey ait quelques peu confondu Romieu avec le lieutenant Bernard membre de la mission Gardane qui succombe de fièvre près de Khoï : « Je cherchai à découvrir la tombe du colonel Romieu, mort à la suite de l'ambassade du général Gardanne, il me fut impossible de savoir... où cette tombe avait été creusée ».
  56. ^ Lottin de Laval, dans Adolphe Rochas, op.cit., page 363.
  57. ^ Pierre Nora : op.cit., tome I, présentation, page xxiv.

Pour citer cet article:

Référence électronique
David VINSON, « "NAPOLÉON EN PERSE": LA MISSION ROMIEU », Astrolabe [En ligne], Juillet / Août 2009, mis en ligne le 06/08/2018, URL : http://astrolabe.uca.fr/juillet-aout-2009/dossier/napoleon-en-perse-la-mission-romieu